Une méthode (sur X) d’implantation de la charge mentale

charge mentale - vraiment libre

Pourquoi aborder ce sujet une fois de plus ? Pour surfer sur la vague ? Brandir mon épée ?

Non. Ou plutôt, pas seulement. Parce que je suis née en 1980. Comme de nombreuses jeunes filles et femmes de mon temps, j’avais hâte de grandir.  J’avais hâte d’emprunter la même route que mes icônes. Je voulais à tout prix leur ressembler. Je rêvais d’être libre moi aussi. Je garde encore à l’esprit cette image de la femme épanouie. L’image. Et je comprends aujourd’hui le poids de l’image dans la « charge mentale » : celle que je me renvoie en fonction de celle que je renvoie aux autres. Cette fameuse image : le vecteur de communication le plus puissant, en plein épanouissement lors de mon enfance, omniprésente durant mon adolescence. Cadeau ou fardeau ?

charge mentale méthode implantation

Retour sur une méthode discrète d’implantation inconsciente de la « charge mentale ».

La charge mentale, définition étoffée : 

Si vous vous reconnaissez dans les attitudes ci-dessous, alors vous vivez sous le poids d’une charge mentale (plus ou moins conséquent).

Check-list personnelle de quelques symptômes de la charge mentale : 

  • sur le trajet retour de votre lieu de travail, il vous arrive d’espérer qu’une fée du logis ait décidé de faire du bénévolat à votre domicile. Vous aimeriez bien que votre maison reste bien rangée à défaut d’être impeccable. Vous cherchez encore la meilleure solution : un peu chaque jour ou tout la même journée, une fois ou deux par semaine ? nous dépensons finalement la même énergie dans l’organisation que dans l’action;
  • vous doutez de la composition des aliments que vous achetez. Vous avez déjà envisagé de convertir l’espace libre de votre jardin, de votre terrasse, de votre balcon en potager. Encore faut-il savoir quand et comment semer ses graines, quel terreau choisir, comment l’entretenir. Vous aimeriez offrir une cuisine plus équilibrée à votre famille. Mais vous manquez de temps pour la préparation et vous rentabilisez déjà le temps de cuisson. En réalité, du temps, vous n’en avez plus;
  • vous aimeriez qu’il existe une application qui analyse votre besoin et vous informe en temps réels. A quels sujets ? Tout ce qui relève de ce que vous consommez. Une décision, c’est un choix. Et il existe tellement d’options à comparer dans tous les domaines de notre vie.  Vous consacrez un temps usant à rechercher ce qu’il y a de mieux pour votre famille, votre maison voire vous-même s’il vous reste du temps;
  • vous aimeriez bien opter pour une vie plus simple, voire minimaliste, revenir à l’essentiel et même agir pour le bien de la planète. Mais vous vous résignez face à l’évidence : un tel mode de vie ne s’improvise pas. Il faut du temps pour étudier, comprendre, mettre en oeuvre. Et du temps, vous n’en avez plus;
  • vous ne vous souvenez plus de votre dernier (VRAI) moment de repos;
  • vous avez hésité en regardant cette publicité sur ce régime express et vous n’êtes pas bien dans votre peau. Tout est à faire pour rentrer dans le gabarit de référence ou alors vous n’êtes jamais satisfaite. Mais vous êtes dépitée devant vos options. Soit commencer une activité sportive en club si les horaires sont compatibles avec votre vie. Ou vous lancer en solo pour avoir plus de souplesse, mais attention pas n’importe comment pour ne pas vous blesser. Ce n’est pas tant par peur de souffrir, mais plutôt parce que vous êtes indispensable au bon fonctionnement du foyer. Une blessure n’est pas envisageable. Bref, une bonne hygiène de vie demande du temps;
  • et au cas où il ne serait pas clair que le cœur du problème est là : du temps, vous n’en avez plus !
  • pire encore : vous vous en voulez de marteler ce message à vos enfants : « dépêchez-vous, y’a pas le temps là ! » Difficile de faire la part des choses entre la vie d’enfants qu’ils ont le droit de vivre et votre furieuse envie (parfois) qu’ils se comportent déjà comme des adultes responsables plus soucieux du devoir que du plaisir personnel. Vous ressentez du stress et vous culpabilisez.

charge mentale tenir

Et alors ? 

La charge mentale ne se résume pas seulement à cette accumulation de tâches à intellectualiser et accomplir dans un timing toujours plus serré. Dans les coulisses de ce phénomène se tapit un enjeu psychologique tabou et profond : la peur de ne pas être à la hauteur.

Il existe 45 espèces de dauphin soit environ 1000 fois moins que de publications relatives à cette question : « mais que se passe-t-il dans le cerveau d’une femme ? »  Nota :  la deuxième donnée chiffrée émane d’une estimation approximative personnelle. Pourtant, la réponse n’est pas si compliquée : le cerveau d’une femme ne s’arrête jamais réellement, car elle doit planifier tout en analysant après action pour éventuellement rectifier ou améliorer. Et pour quelle raison ? Pour être à la hauteur en tout, en permanence, pour se rassurer elle-même et se conforter dans la certitude qu’elle répond correctement aux attentes d’autrui.

La femme fonctionne comme n’importe quel thème d’étude. Pour la comprendre, il faut déjà l’étudier dans son contexte.

  1. elle exerce une activité lourde au domicile sans aucune reconnaissance. Malédiction de la routine : à force d’accomplir les mêmes actes, ils deviennent aussi « tout simplement présents » que des meubles. Par défaut, tout le monde s’imagine que ces actions sont simples parce qu’ils existent des équipements modernes pour améliorer le confort de travail (ça ne viendrait pas à l’idée de qui que ce soit de dégrader l’image d’un travail masculin sous prétexte de la réception d’une nouvelle machine). Sans parler du fait que tout le monde visualise une femme en pleine forme chantonnant en tenant son aspirateur dans la douce lumière tamisée de l’après-midi. Erreur : les femmes accomplissent le plupart de leurs tâches en état de fatigue physique et psychologique. Les méfaits de la fatigue se multiplient lorsque vous cumulez des périodes successives d’insuffisance de sommeil;
  2. elle exerce une activité professionnelle avec le même stress que toute personne en activité. Vous êtes sûrs de cette affirmation ? La femme est autorisée à exercer une profession sans l’autorisation de son mari depuis 1965. Moins de 100 ans ! La réelle mesure de la reconnaissance professionnelle que la femme détient au travail est si relative : du cas par cas. Une situation pour le moins stressante qui explique pourquoi le sentiment de mériter sa place peut représenter un tel combat;
  3. si elle a des enfants, elle est mère ! Ce n’est pas un simple mot. L’accès généralisé de la femme au travail a bousculé les codes de la maternité, à tel point que la situation est encore instable. En effet, une mère, quels que soient ses choix d’éducation, subit la pression d’un jugement excessif dans un domaine dans lequel la marge d’erreur est très faible. Le positionnement de mère devrait être simple et il est pourtant le plus compliqué. Pouvons-nous encore parler d’instinct maternel à une époque où nous recherchons à ce point des conseils, des avis d’experts alors que nous serons toujours celles qui connaîtront le mieux nos enfants ? Nous éprouvons de plus en plus de difficultés à accomplir cette mission pourtant naturelle;
  4. et tout le reste.

En résumé, la femme est sous pression et craint de ne pas être à la hauteur ! Cette fameuse hantise de l’image ! S’avouer un jour : « je n’y arrive pas » ou imaginer des proches penser : « elle est dépassée » : une souffrance invisible et tenace. Un stress permanent.

charge mentale être à la hauteur

Charge mentale : quel rapport avec l’image ? 

Je dirais une forme de colère et d’impuissance.

Les femmes de ma génération (née entre 1975 et 1985) ont grandi à une époque doublement importante. Nos mères se sont émancipées, ont accédé à une liberté après avoir vécu une enfance différente de la nôtre. Elles ont participé à un combat d’intégration qui leur est propre. Nous n’y avons pas même été mêlées. Elles étaient dans l’action et nous étions dans l’observation, nos angles de vision sont différents. Mais l’audiovisuel a joué une carte d’une absolue efficacité, celle de l’adversité. Nos mères se reconnaissaient dans ces héroïnes tandis que nous étions admiratives de leur combativité, tandis que nous retenions qu’il serait « normal » de passer par des combats.

Par ailleurs, l’émancipation de la femme a généré un commerce direct sans précédent dans de très nombreux secteurs d’activité (comme le textile, ou les cosmétiques par exemple). Mais elle a également donné un souffle nouveau aux petit et grand écrans en forgeant des bénéfices colossaux sur cette révolution sociale. En 1965, alors que la femme peut décider de son sort professionnel, 40% des foyers français sont équipés d’un poste de télévision. L’équipement devient rapidement indispensable.

Nous considérons le cinéma et la télévision comme des outils de distraction, mais ils jouent un rôle important sur notre statut : en voulant attirer la femme actuelle cible clientèle, ils structurent la pensée de la génération montante autour de standards. C’est ainsi que nous avons oublié un point essentiel. Si nos mères ont accompli la mission de notre émancipation de fait, il nous appartient d’en définir des contours raisonnables. Rien n’est parfait du premier coup.

Cela m’amène à ce constat applicable à la plupart des démonstrations du « progrès » de l’Humanité :

Face à une révolution majeure, nous saluons l’homme d’affaires visionnaire qui sait identifier, à l’avance, un marché porteur. Mais nous exigeons des penseurs qu’ils ne s’expriment qu’avec le recul. Tel est le fardeau de la société : l’étude de la rentabilité devance toujours celle de la pertinence. 

Alors, je me souviens de mes tendres années de demoiselle émerveillée par la révolution audiovisuelle. Et mon esprit reçoit une gifle. Je stresse de ne pas assurer dans tous les domaines et me voilà face à une partie de l’explication. Personne ne s’est jamais penché sur l’impact de tous ces films, séries, dessins animés, chefs d’oeuvre d’animation célébrant la réussite de la femme dans tous ces domaines. Nos mères voyaient la récompense dans ce que nous avons compris comme des objectifs.

Comment l’image provoque-t-elle la charge mentale ? 

Les pionniers de la féminisation de l’audiovisuel ont joué une carte de génie, en s’alignant sur l’état d’esprit des femmes de l’époque. Bon nombre d’analyses affirmeront qu’ils ont misé sur la sensualité ou l’autorité. Mais, ces critères varient d’un scénario à un autre. Une caractéristique apparaît systématiquement : celle de l’adversité.

Tous ces modèles féminins bâtissent leur parcours dans une destinée défavorable dont elles ressortent finalement victorieuses. Ce point est crucial pour comprendre l’engouement des spectatrices pour tous ces programmes et films et donc mesurer la performance de la stratégie utilisée.

Si vous remettez en cause la sensualité d’une femme ou son autorité, elle s’infligera une remise en question. Si vous insinuez qu’elle n’est pas capable, que vous ne croyez pas en elle, peu importe le temps que cela prendra, elle vous démontrera que vous avez tort. Soyez le juge d’une femme, elle mettre un genou à terre. Soyez son adversaire et vous réveillerez en elle une lionne.

charge mentale adversité

C’est donc ainsi que tout a commencé.

Charge mentale, acte 1, le pilier de la famille : 

Je débute volontairement par ce thème parce qu’il occupe un espace anecdotique dans les influences visuelles de notre enfance et adolescence. En effet, nos mères cherchent alors à prouver qu’elles méritent leur place sur le marché du travail. En ce qui concerne le foyer, la société part du postulat que l’art est maîtrisé et qu’il tient de toute manière une place de moindre importance. Mais contrairement aux idées reçues, notre recul sur la maternité notamment est plus réduit que nous l’imaginons. Le terme de pédiatrie n’apparaît qu’en 1872. A l’époque, il est important que les enfants survivent pour armer la future main d’oeuvre dont se nourrit la révolution industrielle. Jusqu’alors, le taux de mortalité est très élevée et de ce fait, de nombreuses mères ne s’attachent pas profondément à leurs enfants. Le positionnement de la mère et donc de l’enfant, d’abord vu comme un ouvrier en devenir, ne retient l’attention que dans les années 1960 alors que la société fait le deuil des deux guerres mondiales.

Cela explique notamment pourquoi nous avons entendu perpétuellement ce message subliminal « travaille bien à l’école, pour exercer un bon métier, gagner ta vie » ou comment des considérations matérialistes sont supposées fonder à elles seules notre bonheur.

Il existe pour autant quelques modèles féminins télévisuels porteuses des valeurs de la famille.

La petite maison dans la prairie ou les prémices de la femme multipotentielle

charge mentale petite maison dans la prairie

En décembre 1976, les téléspectateurs de TF1 découvrent les aventures de la famille Ingalls et le personnage de Caroline, mère aimante et combative. Pour la petite histoire, la série s’inspire de personnes ayant réellement existé, ce qui ajoute du crédit à un scénario par la suite décrié pour sa naïveté. Caroline y tient un rôle d’équilibriste : mère exemplaire, régente irréprochable de son foyer, cuisinière hors pair, elle est tout aussi active sur le plan professionnel. Au fil du scénario, elle met ainsi à profit son diplôme d’institutrice et s’impose comme une enseignante accomplie et bienveillante. Les jeunes téléspectatrices grandissent ainsi avec ce modèle aussi féminin que maternel. Plus encore avec la conviction déjà culpabilisante qu’un compromis entre vie privée et carrière et possible à condition d’être suffisamment travailleuse et impliquée. Mais leur manque d’expérience les prive d’une notion fondamentale : quid des fondations de cet empire ? Lorsque la famille Ingalls s’installe à Walnut Grove, Carrie, la benjamine a déjà 7 ans. Les trois premières années capitales de la petite enfance sont déjà loin, tout l’apprentissage fondamental est acquis. L’image de la femme « mère et active » est ainsi faussée d’emblée et de cela, la jeune téléspectatrice, ivre d’icônes, n’en a pas conscience.

Éternelle Sissi

charge mentale sissi

Mais pour quelle raison la fascinante Sissi figure-t-elle dans la liste de nos icônes d’enfance alors que le film sort en France dès mars 1957 ?

Tout d’abord, Sissi incarne une héroïne intemporelle. Sa vision “hors du cadre” avant-gardiste inspire les jeunes filles éprises de liberté, génération après génération. Il est assez curieux de noter que Romy Schneider est à l’affiche d’Une histoire simple en 1978, puis de La banquière en 1980. Elle incarne dans le premier une femme divorcée, déjà mère et enceinte de son amant. Elle décide de ne pas garder l’enfant. Ce film sort peu de temps après la loi Veil et alors que Romy Schneider a milité en faveur du droit à l’avortement. Dans le second film, l’actrice joue le rôle d’une femme à l’ascension professionnelle fulgurante, qui assume son homosexualité. La réussite du personnage est telle que le film s’achève sur son assassinat.

Ces deux films sont emblématiques d’une époque à laquelle la femme cherche à affirmer sa place au sein de la société. Mais il est impossible de rivaliser avec l’ascension sociale et de Sissi alors qu’elle franchit le cap de l’âge adulte. Jeune femme proche de la nature, pionnière de la simplicité, Sissi accomplit pourtant des miracles politiques aux côtés de l’empereur sans se dénaturer pour autant. Elle s’impose aussi comme une mère qui ne veut pas renoncer à l’éducation « maternante » de ses enfants. Une mission d’une grande délicatesse.

L’engouement pour le personnage marque la problématique de positionnement de la femme à la fois portée vers l’avenir mais attachée à son rang ancien. Sissi est à cette croisée de chemins, elle demeure libre dans sa pensée mais traditionnelle dans ses valeurs. Cette fois encore, la saga célèbre la famille (nombreuse) et notamment la relation de parents à enfant. Étonnant car en coulisses, Magda Schneider, mère de Romy, à l’écran comme dans la vie, était considérée comme une personnalité possessive. Un tantinet toxique. Mais de cela, les téléspectatrices ivres d’un destin fabuleux, n’en ont pas conscience.

Quand la réalité rejoint la fiction : le destin de Lady Di

charge mentale lady di

Nous sommes le 29 juillet 1981 lorsque se déroule le « mariage du siècle » ! Les médias évoquent ainsi l’union du prince Charles et de Diana Spencer (Lady Di). La jeune femme a tout juste 20 ans et sa fraîcheur donne d’emblée le ton : elle sera un modèle pour les jeunes femmes au-delà des frontières britanniques et au-delà du temps. Nous grandissons avec le combat de Lady Di, sans en connaître les coulisses : la rencontre vraisemblablement arrangée, les adultères de toutes parts, les tentatives de suicide. Nous gardons d’elle l’image de cette jeune femme malmenée par la famille royale, qui tient à son rang de mère et défend les opprimés. Elle demeure le symbole d’un regard bienveillant et raisonnable sur les personnes atteintes du SIDA dont elles n’hésitent pas à serrer la main.  Lady Di s’accomplit non pas comme dans sa richesse sociale mais use intelligemment de son rang pour obtenir un succès humain sans précédent. Elle nous connecte à cette victoire de la mère du foyer et du peuple. Sa mort prématurée laisse d’elle cette image définitivement. Une image ancrée en nous car la vie de la Princesse de Galles est largement médiatisée.

Que retenir de ces modèles ?

Elles représentent tout d’abord l’attachement de la femme à sa famille. La femme y est garante de l’harmonie et gère son foyer par la bienveillance. Mais pas seulement. En effet, si les destins de ces personnages mettent à l’honneur le devoir familial de la femme, ils en encensent aussi la difficulté. Il réside ainsi une forme de gloire dans cette mission pourtant peu reconnue dans la réalité. Les femmes, même si elles ne se l’avouent pas, vivent avec une forme de fierté leur capacité à assurer la gérance exigeante de la vie familiale. Non, il n’y a pas d’erreur sur les termes. Le choix de “gérance” est volontaire, reconsidérons la mission à sa juste valeur. Pour autant, nous entretenons avec ces personnages une forme de distance (d’époque, de tenue, de rang). Dans l’éventail des messages que nous recevons pour notre vie future d’adulte, l’impact de ces dames est limité.

Charge mentale, acte 2, formatage méthode Disney

charge mentale - influence Disney

Comme bon nombre de récits et comptines pour enfants, l’univers Disney a accompagné notre éveil avec une teinte sombre, mélancolique, parfois même brutale. La femme y existe principalement sous les traits de l’adolescente aux abords de l’âge adulte, donc de la rébellion. La figure maternelle y est quasiment systématiquement absente. Pour deux raisons :

  • certes la durée d’un film ne permet pas vraiment de s’attarder sur l’histoire personnelle des parents;
  • mais elle symbolise surtout le profond sentiment de culpabilité de Walt Disney lui-même. En effet, ce dernier se sent responsable de la mort de sa mère en 1938, intoxiquée par la fuite d’une chaudière fraîchement rénovée dans la maison que Walt venait d’acheter à ses parents. D’ailleurs, Dumbo en 1941 et Bambi en 1942 illustrent une séparation quasi autobiographique de la mère.

Mais lorsque Walt Disney se refuse à donner vie à un personnage, il ne sait pas qu’il va en réalité ancrer des codes à l’esprit de plusieurs générations. Walt Disney meurt le 15 décembre 1966 et ne pourra donc jamais mesurer son influence sur les jeunes filles des générations suivantes. En effet, l’absence des figures maternelles dans les dessins animés coïncide avec cette montée en puissance de l’accès des femmes au marché du travail et donc une présence diminuée auprès des enfants. Une parfaite cohérence entre ce que les jeunes filles vivent et visualisent. Walt Disney érige sans le savoir/vouloir les fondations de la femme indépendante.

Premières héroïnes Disney : forger sa vie d’épouse dans l’adversité

Entre 1977 et 1985, Disney produit des classiques d’animation axés principalement sur les animaux. De Peter et Elliot le dragon à Taram et le chaudron magique, les figures féminines jouent des rôles secondaires lorsqu’elles apparaissent sur le scénario, à l’image de Bianca, souris justicière. Pourtant, les héroïnes de Disney sont bel et bien présentes dans l’éducation des jeunes filles de l’époque. Diffusés régulièrement au cinéma et disponibles en “video home systems” (VHS), Blanche Neige et les sept nains, Cendrillon et La Belle au bois dormant marquent générations après générations petites filles et adolescentes. Si leurs destinées présentent des différences, quelques caractéristiques communes réunissent ces trois héroïnes : belles et talentueuses, humbles et attachantes, livrées à leur sort, elles surmontent toutes les épreuves par leur combativité et leur bonté inébranlables. Privées du modèle parental, entourées de personnages féériques réduits “au coup de pouce”, elles parviennent non seulement à déjouer le mauvais sort, mais aussi à obtenir ce qui apparaît comme l’objectif ultime : se marier, vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. Le tout avec un prince. Dans ce scénario, la jeune femme coupe le cordon avec l’attache parentale mais se dévoile surtout dans un statut convoité d’épouse. Paradoxalement, le parcours de la femme en devenir est au premier plan mais elle laisse supposer que la vie d’épouse est une réussite, parce qu’elle réunit deux facteur de succès personnel : “aimer et être aimé en retour”.

La relève: les femmes libérées

Cookie Dingler le clame en 1984, “être une femme libérée, tu sais, c’est pas si facile”. Pour l’entrevoir au travers d’un personnage Disney, il faut attendre 1989 et La petite sirène. Comme dans la plupart des cas, la figure maternelle est absente, sans aucune justification. Et à partir de ce moment, la figure de l’horrible belle-mère disparaît. Les nouvelles héroïnes vont désormais se libérer contre l’autorité parentale pour imprimer leur propre style, affirmer un choix en décalage avec les normes et atteindre leur but. Ariel est la première d’une longue lignée de femmes libérées. Après elle, Pocahontas, Mulan est plus récemment Merida prennent le contrôle de leur destin en refusant le sort que leurs parents leur avaient réservé. Elles se font guerrières si nécessaire, montrant ainsi que la femme porte en elle assez de courage pour tenir n’importe quel rôle important.

Que retenir de ces pionnières de l’indépendance féminine ?

Les héroïnes de Disney symbolisent totalement la transition entre deux époques, deux visions, deux idéaux : la femme rangée au rendez-vous précisément où elle est attendue et la femme capitaine de son navire, bousculant convenances et traditions. Mais la situation est plus complexe dans l’esprit des jeunes filles qui se positionnent en équilibre entre l’adrénaline d’un parcours qu’elles définissent seules et la stabilité de la vie de couple. Dans les deux cas, les films d’animation en présentent une version idéalisée. Plus encore en ce qui concerne la relation amoureuse, où les sentiments sont livrés comme inéluctablement mutuels et les concessions sont totalement éludées. Quant à la maternité, réduite à une maxime de fin de programme, elle n’est pas valorisée particulièrement, laissant la place belle à l’ambition sociale et professionnelle.

Comment les garçons perçoivent-ils ces films d’animation ? Ils sont tout autant conditionnés. Ils observent les combat de ces femmes pour mériter leur place tandis que les figures masculines disposent d’un rang naturel. Ces personnages féminins sont présentés comme des exceptions au sein d’un sexe plus superficiel et matérialiste que faible. Les rôles ne s’inversent jamais.

Charge mentale, acte 3, la femme amoureuse

Dans la continuité du modèle Disney, le profil de la femme amoureuse s’étoffe dans de nombreux programmes. Chacune d’entre nous détient sa propre liste de références. Je vous livre la mienne.

charge mentale femme amoureuse

Grease ou l’amour moteur du dépassement de soi : 

En octobre 1978, la France découvre l’histoire d’amour entre la sage Sandy Olsson (Olivia Newton-John) et le meneur de gang Dany Zuko (John Travolta). L’amourette d’été peine à survivre au-delà des vacances puisque tout oppose les deux personnages. Mais, c’est bien à Sandy qu’il revient d’effectuer une transformation radicale pour reconquérir son amoureux. Elle dépasse alors ses craintes, sa réserve et s’affirme comme une femme fatale.

La Boum, premiers pas cinématographiques de l’icône féminin français par excellence : 

En 1980, le public français découvre Sophie Marceau, L‘actrice française qui inspire les femmes générations après générations. Elle y tient le rôle de Vic, une adolescente bousculée par ses sentiments. La jeune femme se construit dans l’absence de ses parents, concentrés sur leur vie professionnelle. Elle trouve du soutien auprès d’une arrière-grand-mère « branchée », en décalage avec les mœurs de l’époque, aussi sage que moderne. Le succès est total et les jeunes filles se reconnaissent dans les questions que Vic se pose. Le public comprend alors que dans la continuité de l’amour parentale, la vie sentimentale est au cœur de nos bonheurs et tourments. Un passage de témoin vers l’âge adulte.

Ghost ou l’amour inconditionnel : 

Ce film sort en France en novembre 1990. Au casting, une actrice montante se dévoile dans une féminité authentique et par le courage : Demi Moore. Elle y tient le rôle de Molly Jensen, artiste en sculpture en couple avec Sam Wheat. Lorsque ce dernier est abattu, Molly découvre alors que l’amour est plus fort que la mort. Ce film met en avant la force que recèle le cœur d’une femme amoureuse et la magie que seul l’amour peut enfanter.

Que retenir de ces femmes amoureuses ? 

Elles ont toutes un point commun : elles se torturent de questions, se dénaturent s’il le faut et dépassent leurs certitudes par amour. Implicitement, le message est sans appel : dans le couple, la femme consent les efforts de séduction, de compréhension, de concession. Elle tient le rôle ambigu de refuge pour l’homme : aussi gratifiant que complexe. Notre âme de femme amoureuse se place au premier rang de la charge mentale, car elle nous amène à des comportements épuisants : intérioriser notre désaccord pour asseoir l’harmonie, agir pour préserver notre compagnon, entretenir la sensualité : autant de gestes du quotidien, invisibles et prenants.

Charge mentale, acte 4, la femme accomplie

En sortant du foyer, la femme vie une existence sociale élargie. Elle y découvre des codes largement implantés par les icônes dont les images abreuvent son quotidien. Elle y expérimente aussi le règne de l’apparence : dans un cadre dans lequel elle n’évoluait pas traditionnellement, elle doit imposer sa marque en un regard. Terminée l’ère de la maxime façon Rémy de Gourmont : « La beauté est une femme, et la femme est la beauté ». La beauté est transcendée dans l’artifice et le charme naturel devient insuffisant pour mesurer la valeur de la femme. Elle s’accomplit à travers des loisirs, des défis, des exploits.

Une aubaine pour le secteur audiovisuel qui exploite alors le filon, transformant au passage des ambitions et envies ponctuelles en une norme.

charge mentale sensation trompeuse de liberté

 

La femme sportive : 

En 1989, la France assiste au premier sacre d’une grande championne de patinage artistique : Surya Bonaly. La jeune femme alors âgée de 16 ans se distingue d’emblée par son physique athlétique et son audace. Faisant fi des critiques racistes, elle se concentre sur la technique pour adopter une stature inattaquable. Elle invente ainsi le salto arrière qui porte depuis son nom. Elles est également la pionnière des combinaisons riches en figure dont des sauts à quatre rotations. Elle incarne ainsi la femme tenace, endurante dans un sport alliant force et féminité. Mais elle est aussi le pendant féminin d’un patineur français, tout aussi créatif, audacieux et démarqué de l’état d’esprit traditionnel de la discipline : Philippe Candeloro. Pour la première fois, sur petit écran, petites et jeunes filles le constatent de visu : hommes et femmes peuvent se distinguer dans la même cour.

En 1992, Marie-Josée Pérec décroche son premier titre de championne olympique en athlétisme. Elle incarne les mêmes valeurs sportives que Surya Bonaly et ajoute même sa touche personnelle d’empathie. En effet, si elle vise la performance, elle sait aussi rester discrète et modeste dans sa victoire, notamment envers sa concurrente, Merlene Ottey, son amie qu’elle prive de sacre. Le public suit avec passion le parcours de cette sportive, notamment les jeunes femmes qui pratiquent l’athlétisme à l’école.

A l’occasion de leur émancipation, de nombreuses femmes accèdent simultanément au monde du travail s’inscrivent d’emblée dans une logique de compétition. Elles doivent ainsi se conformer à des critères de présentation standards pour inspirer la confiance et le respect mais elles cultivent aussi l’art de se démarquer pour s’épanouir et faire la différence. Ces deux sportives sont assurément l’emblème de ce combat.

charge mentale sport

Leurs exploits coïncident avec la fin d’un débat entre sport professionnel et amateur en France. Elles incarnent pour les jeunes filles une option de réussite par le sport. Au fil du temps, la pratique du sport devient garante de l’hygiène de vie, un mode de sociabilisation et la condition sine qua non pour afficher une ligne impeccable : c’est bien là que réside le revers de la médaille.

La femme fatale : 

charge mentale femme fatale

En 1981, MTV diffuse son tout premier clip. Le titre prophétique « video killed the radio star » marque en effet l’aube d’une ère nouvelle : la musique s’associe à l’image. Et les icônes féminines y tiennent une place aussi fascinante qu’exigeante. Le clip devient le support de communication par excellence de la femme sensuelle et insoumise tout comme il influence les codes vestimentaires et comportementaux. Télévision et cinéma participent activement à la propagation des tendances d’apparence, un biais par lequel la femme libère sa sensualité et affirme son identité. Tous les marchés liés à la beauté transcendée artificiellement connaissent un essor fulgurant.

En tête d’affiche française : Julie Pietri, Jeanne Mas, les Rita Mitousko, Mylène Farmer, Vanessa Paradis et Elsa donnent le ton, chacune avec sa singularité, dans l’image comme dans les paroles. Ainsi, en 1986, Mylène Farmer assume sa part de femme libertine avec un texte aussi cru que sensible, libérant toute la complexité de la personnalité féminine. La même année, Jeanne Mas vante, dans un « rouge et noir » à la fois symbole de sa sensualité et de son âme, les bienfaits de la tendresse, libérant au passage l’innocence de sa vie passée de jeune femme. Toujours en 1986, Elsa, alors âgée de 13 ans, comédienne depuis plusieurs années déjà, assure la bande originale du film La femme de ma vie. Le titre « t’en vas pas » rencontre un succès fulgurant. Cette chanteuse plutôt introvertie et mystérieuse tient alors un rôle qui ne la quittera plus, celui de l’exception qui confirme la règle. Deux ans plus tard, Vanessa Paradis, que l’on présente comme sa rivale de l’époque, pose les premières pierres de l’édifice « lolita », un filon toujours d’actualité.

Les chanteuses internationales, divas et/ou sulfureuses prennent la même direction. Madonna, Tina Turner, Cindy Lauper, et Kim Wilde lèvent le voile sur leur personnalité et leur féminité. Le charisme façon jupon passe par cette liberté d’image, carte jouée au grand écran. Ainsi, en 1992, le public découvre l’actrice Sharon Stone dans Basic Instinct, un film classé comme thriller érotique. Elle y tient le rôle d’une romancière sulfureuse accusée de meurtre, qui use de ses charmes pour manipuler les hommes y compris l’enquêteur. La même année en France, Jean-Jacques Annaud met en lumière la toute jeune Jane March dans le film L’Amant. Ce dernier livre une version libre de la vie de Marguerite Duras. Jane March, choisie au cours d’un casting difficile pour l’intensité de son regard, porte le film avec passion et par une nudité aussi artistique que sauvage. Les jeunes femmes peuvent facilement s’identifier au personnage, en conflit avec l’autorité parentale, maternelle envers son petit-frère et explorant toutes les facettes de la vie sentimentale. Jane March persiste et signe en jouant le rôle féminin deux ans plus tard dans le thriller Color of Night.

Les années 80 marquent en parallèle l’essor du mannequinat. Les stars du podium illuminent des défilés qui ne sont pas systématiquement diffusés à la télévision, mais elles font l’objet de reportages tout aussi fascinants que silencieux sur les coulisses de ces carrières exigeantes. Le mannequinat trouve tout de même une place sur petit et grands écrans, par le biais de la publicité pour les parfums. La femme y est présentée comme mystérieuse, mutine, sensuelle etc. « Loulou ? Oui c’est moi », vous ne l’avez pas oublié, n’est-ce-pas ? En cas d’amnésie, je vous invite à lire ce brillant article sur les publicités incontournables de parfums (clips inclus!): cliquez ici.

Que retenir du profil « femme fatale » ? 

Tout d’abord, la densité. Les films et programmes présentant des femmes fatales sont très nombreux. Et plus que le contenu, le nombre marque l’importance de l’apparence dans l’intégration sociale. Cette densité donne le sentiment que « tout le monde fait comme ça ». Elle marginalise inconsciemment la différence.

Mais également sa sphère d’influence. Ces films plantent un idéal féminin, sans en livrer les coulisses. Les hommes y sont naturellement sensibles, ce qui indirectement nous positionne dans la nécessité de plaire et d’entretenir dans la durée notre apparence (quels que soient les événements naturels de notre destinée, dont la maternité). Mais sur le plan logistique, la gent masculine ne signe pas. Loin de moi la volonté d’être caricaturale, mais grosso modo, nous voilà condamnées à arborer une image exigeante sans passer « trop de temps dans la salle de bains ». Messieurs, vous n’êtes pas au courant, mais ces femmes parfaites recourent à une nutrition qui plongerait votre assiette dans l’ennui et des activités sportives/cosmétiques intenses qui vous obligeraient à recourir à une femme de ménage ou passer plus de temps à tenir vous aussi le foyer.

Charge mentale, en conclusion :

Il n’est bien évidemment pas question de faire endosser au cinéma et à la télévision la responsabilité de la charge mentale. Tout comme cet article ne vise pas à nier les apports considérables de ces films et programmes dans les domaines artistiques.

Un constat cependant s’impose : le message véhiculé nous a captivées, nous nous sommes précipitées sur les produits dérivés. Dommage…la portée d’un tel outil de communication nous aurait convaincues sans difficulté de l’essentiel : nous n’avons pas besoin de ressembler à ces icônes pour être de merveilleuses personnes. Nous avons tout en nous et la pression que nous subissons gâche justement cette simplicité authentique qui fait notre singularité et notre authenticité. Evidemment, vous comprendrez que cette maxime soit tombée aux oubliettes de la Business Attitude faute d’être rentable.

Notre issue : apprécier mais démystifier. Nous fixer nos propres objectifs raisonnables. Les assumer. Revenir à l’essentiel, c’est-à-dire nous-mêmes. Renoncer à la liberté de s’exprimer par une féminité affichée me direz-vous ? Absolument pas ! Je dirais plutôt : affirmer la liberté d’être simplement soi-même. A quoi cela sert-il d’être libre si nous nous enfermons dans le règne de l’apparence ?

Oui…dommage. Une dernière référence arrive un peu tard pour contrecarrer l’artillerie lourde précitée.

charge mentale Daria

Vous la reconnaissez ?

©Stéphanie Roux, rédactrice en chef Maena Mag, rédactrice Web

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A propos de Isalys Roux 50 Articles
Après une première carrière consacrée au management au sein de l'armée de Terre, Isalys Roux s'oriente vers ses premières aspirations professionnelles : la rédaction et l'écriture. Ses thèmes de prédilection ? Société, management, parentalité, insolite, culture et littérature. Son credo ? Tout est digne d'intérêt dès lors qu'une question se pose.

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