Mal(-être) du siècle

Et si nous repensions notre rapport à la souffrance ? 

« Autrefois, la moindre de nos souffrances éveillait la compassion dans le cœur de nos semblables ; aujourd’hui, il faut une grande misère ou de profondes douleurs pour exciter un peu de pitié » – Alfred Auguste Pilavoine (1845) –

La souffrance, doit -elle continuer à être passée sous silence, faute d’être reconnue ? Cette citation a beau dater du 19ème siècle, elle reste d’actualité, au risque sans doute de demeurer intemporelle. Alors que les spécialistes en psychologie s’accordent sur la nécessité d’accepter et extérioriser sa souffrance, alors qu’ils tentent de faire accepter qu’elle n’est pas une faille, le mal est globalement rejeté au sein de notre société. A un point tel que notre propre relation à notre souffrance est entachée d’une teinte de culpabilité. Est-ce bien nécessaire ? Est-ce bien productif ?

Décryptage….

Notre perception de la souffrance : « j’ai honte d’avoir mal » ….

Tout, dans nos meurs, tend à cloîtrer le chagrin, comme s’il était un détail honteux de l’histoire. Le secret peu avouable de notre jardin. N’est-il pas devenu un tabou profond dans un cadre professionnel ? Ne nous fait-il pas craindre d’être mal perçu, de nous installer immédiatement sur un siège éjectable et de signer notre ticket de sortie en cas d’arbitrage ?

N’avons nous pas tendance à partager avec nos proches des parenthèses joyeuses, ces clichés méticuleusement préparés, cadrés avec soin, scénarisés d’optimisme pour donner l’illusion d’une vie parfaite ? N’avons-nous pas envie/besoin parfois de raconter le fil de nos vies, houleux, instable émotionnellement, avec ses parts de faiblesse, sans craindre d’être jugés, sans craindre de porter une étiquette qui nous dérange ? Oui, nous sommes capables de cela, tout en affirmant que « chacun porte sa croix », admettant là que nous sommes tous chargés d’un poids..inéluctable.

Passée sous silence, la souffrance s’est imposée dans les esprits comme un aveu de faiblesse, une complainte égoïste face aux malheurs plus graves qui frappent le monde. Partager sa souffrance se place désormais comme une part en marge des relations humaines elles-mêmes teintées de stéréotypes enthousiastes et…faux.

Pourtant, souffrir est dans notre nature : 

Lorsque j’évoque la nature humaine, je réalise la complexité qui réside dans une définition simple et inattaquable. Pour les besoins de cet article et en faciliter la clarté, je m’intéresse notamment au spectre des émotions. Nous avons tendance à les opposer à la raison alors qu’ils sont tous deux des alliés d’une grande force. Ils méritent tous deux une considération équitable, elles nous sont octroyées de nature et représentent un mécanisme naturel de réaction. C’est souvent sur la base de nos émotions que nous nous interrogerons sur la portée d’un événement et stimulerons la réflexion.

Taire le chagrin est ainsi d’une certaine manière « contre-nature ».  Et il entraîne par ailleurs bien des conséquences négligées et néfastes :

 intériorisation et instauration d’un mal-être durable,

confusion sur notre propre identité : plus nous tentons d’étouffer ce mal-être et plus il prend une place prépondérante. Plus il nous donne l’impression de perdre le contrôle et donc nous délivre une image faussée de notre confiance en nous-même,

  ancrage dans les esprits d’une idée fausse : afficher la souffrance nuit à la performance, et donc marginalisation de notre ressenti.

Et sur notre lieu de travail ? 

Sujet indésirable sur notre lieu de travail, la souffrance s’apparente à une épée de Damoclès. La taire nous paraît le seul moyen de préserver une image professionnelle rigoureuse et stable. C’est ainsi qu’est née cette impression que le cadre du travail est oppressant, que nous sommes contraints de n’y être qu’une partie de nous-même, la partie exigeante qui ne doit jamais faiblir. Et tandis que certains managers se réjouissent de garder le contrôle d’une troupe lisse, je l’affirme : il est, à long terme, contre-productif d’ignorer la nature humaine dans toute sa palette. Cette méthode engendre une usure psychologique et une approche du travail rebutante qui nuisent en réalité aux résultats. Et je l’affirme bien plus encore, c’est dans la bienveillance que réside la clef de la réussite dans le temps : performance et bien-être au travail ne sont pas incompatibles. Ils forment au contraire la meilleure des combinaisons.

A bon entendeur !

Stéphanie Roux

Rédactrice en chef

 

A propos de Isalys Roux 50 Articles
Après une première carrière consacrée au management au sein de l'armée de Terre, Isalys Roux s'oriente vers ses premières aspirations professionnelles : la rédaction et l'écriture. Ses thèmes de prédilection ? Société, management, parentalité, insolite, culture et littérature. Son credo ? Tout est digne d'intérêt dès lors qu'une question se pose.

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