Quand le voyage nous mène plus loin que nous ne l’avions imaginé….

J’ai voyagé seule plusieurs fois ces dernières années, lors de voyages linguistiques aux Etats-Unis et en Espagne. Jusqu’au dernier en date, je gardais une impression de ne pas être réellement partie, de ne pas avoir accompli ce que je voulais accomplir. L’objectif évident:pratiquer la langue du pays et améliorer mon niveau, était pourtant plus qu’atteint.

Mais il y avait un objectif plus profond, moins conscient, que je n’avais jamais atteint, avant mon dernier voyage en Floride: « sortir de ma bulle ». Je me suis décidée très peu de temps avant la date de mon départ récent à Miami. Quelque chose me disait « d’y aller ». J’y pensais le matin au réveil, et plein de signes me renvoyaient à la Floride tout au long de la journée. Mais voilà, j’avais peur de plein de choses: me retrouver seule au bout du monde, ne pas réussir à me faire d’amis, ne pas me détacher réellement de la France et avoir envie de rentrer, ne pas en profiter pleinement, être trop fatiguée….

Quand le voyage nous « appelle »

J’avais toutes les « bonnes raisons » de ne pas y aller. J’étais dans une phase de fatigue intense et de déprime, qui rendait le fait de partir au bout du monde, dans ses aspects logistiques et psychologiques, insurmontable à mes yeux. Et pourtant, quelque chose continuait à m’apeller. Je n’aurai pas su l’expliquer, mais ce quelque chose me disait que ce voyage me guérirait, me débarrasserait de quelques névroses, sans que je puisse en dire plus.

Les signes persistaient. Je décidais de prendre les peurs qui m’habitaient comme des informations, et de les dé corréler des actions qui me mèneraient en Floride. C’est donc presque « mécaniquement », sans y réfléchir trop, que je fis mes comptes, puis réservais avion, logement et école de langues. J’avais en quelque sorte décidé que ce voyage n’était pas « négociable », quoi que mes peurs en disaient, et quelque soit la place qu’elles prenaient. Je gérais les moments de peur et de panique au fur et à mesure de leur apparition car, de toute manière, ce n’était pas « négociable ».

« Sortir de sa bulle »

Je décidais que ce voyage se passerait bien, quoi que cela puisse vouloir dire. Je n’avais pas d’attentes particulières, le précédent ayant été une déception, tellement je m’étais refermée dans ma coquille. Je n’ai ni profité de la ville, ni noué de liens. Avec le recul, j’ai réalisé que ce « voyage raté » m’a permis de réussir le suivant, car il m’a donné une illustration concrète de ce qu’était un voyage complètement piloté par mes peurs et mes angoisses. Ça en avait été tellement caricatural que je ne pouvais plus ignorer le « coût » de ne pas traverser ces peurs, et de leur laisser les clés du volant.

La plus grande, et la plus présente de mes peurs était de ne pas nouer de liens, et donc de me retrouver seule. Aller vers les autres est loin d’être facile dans mon cas. Abandonner dès le départ, comme lors de mon précédent voyage, était un piège dans lequel j’avais décidé de ne pas tomber. J’ai donc fait le contraire de ce que je fais habituellement. Dès que j’en avais l’occasion j’allais parler dans l’école à des gens que je ne connaissais pas, en mettant la honte, la gêne et la peur du ridicule et du rejet de côté. En les prenant uniquement comme des informations. Je prenais également les tentatives infructueuses comme des informations, et sans prendre pour argent comptant les conclusions qu’en tirait mon esprit, et qui auraient pu me faire me renfermer. Tenter de nouer des liens était « non négociable ». Le prix à payer pour « sortir de ma bulle » était bien moindre que le « coût » d’y rester. J’essayais, sans relâche, et cela malgré l’énergie psychique dépensée, que je décidais aussi de prendre comme une simple information. Les choses m’étaient rendues encore plus difficiles par le « contexte scolaire » dans lequel je me trouvais qui, même si ce n’est pas la même chose que quand on est enfant, me renvoyait aux expériences négatives que j’y avais vécues petite (jugements, rejet, cruautés entre enfants…), et dont les cicatrices sont bien là, quelque part. Encore une fois, je prenais mes émotions comme des informations.

« Le parachute s’ouvre une fois qu’on a fait le grand saut »

Je réussis non seulement à nouer des liens, mais en plus avec des gens qui avaient des centres d’intérêt communs aux miens, et avec qui je pris un réel plaisir à passer du temps! Mes efforts furent récompensés. J’inversai la bascule après quelques jours d' »exercice social », et après plusieurs essais infructueux. Je ne doute pas que chaque essai, chaque étape, ont conduit à ce basculement, que ce soient les efforts passés et présents, sur le court, mais aussi le long terme. Ce que j’ai ressenti, pour la première fois après cet énième voyage seule, était le sentiment d’avoir traversé mes peurs, d’avoir sauté dans le vide et, qu’une fois le saut effectué, le parachute s’était ouvert pour me déposer à terre sans encombre. Le parachute de la vie n’a pas l’occasion de s’ouvrir si on ne saute pas dans le vide.

 

Une fois mon « tunnel de peurs irrationnelles » traversé, plusieurs personnes me confièrent leurs propres peurs face à ce voyage de rêve. Cerise sur le gâteau, celle qui revenait le plus était la peur d’être seul durant tout le voyage! Une personne de mon entourage avait même hésité à échanger son billet, et rentrer plus tôt dans son pays.

« Nouvelle peau »

Suivre mon intuition, sans trop chercher à comprendre le pourquoi du comment m’a permis de réussir à  sortir de cette bulle qui, à force de rétrécir, m’avait asphyxié suffisamment pour qu’il ne puisse en être autrement. Un double phénomène, conscient et inconscient s’est produit pour permettre cette mue, et m’ouvrir à un sentiment nouveau d’accomplissement et d’entièreté.

J’ai choisi de vous partager cette expérience car, quand on est à l’intérieur de sa propre tête, en train de faire ce que l’on peut avec nos propres peurs, on ne réalise pas qu’on est tous « dans le même bateau » et que beaucoup, quoi qu’ils laissent paraître, partagent les mêmes angoisses. Bon voyage!

A propos de Flore Crépin 6 Articles
Flore Crépin exerce les métiers de rédactrice Web sur les thématiques d'actualité sociétale et coach personnel. Deux métiers autour d'un fil conducteur : stimuler la prise de conscience pour susciter le mieux-être. Sa philosophie ? "Accompagner chacun de manière personnalisée (donc dans la forme que nous déterminons ensemble et qui semble correspondre à la personnalité) vers l'ouverture de sa conscience, pour y voir plus clair et avancer vers la vie qui lui ressemble."

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