Management : la différence par la singularité

« Ils sont tous tellement différents » :

grandeur insoupçonnée du management 

 

Et si nous parlions du management différemment ? 

La différence provoquerait de prime abord une forme de crainte, de dépit voire de défiance. Éternel élément perturbateur et imprévisible de la stratégie managériale, la singularité de chacun de nos collaborateurs forme en réalité un atout d’une implacable intensité. Et si la différence incarnait en fait une force de premier rang dans l’exercice des responsabilités ? 

Je ne fais bien évidemment pas allusion aux différences dans les postes tenus, mais bel et bien à ces personnalités qui cohabitent en progressant vers ce but commun. Comment tenir un discours et conduire son action en leur insufflant un même élan ? 

En parler différemment. Et si je vous décrivais le méli-mélo de deux univers ensemble transcendés ? 

Place Igor – Stravinsky un jour en 1983 : 

     Connaissez-vous cette célèbre fontaine de la ville de Paris ? La fontaine Stravinsky ? 

 

Cette pièce d’eau originale, unique en son genre, l’une des curiosités de la capitale symbolise la performance dans le mélange des genres.

Egalement surnommée « fontaine des automates », elle regroupe les œuvres animées de deux univers artistiques. Chaque sculpture effectue un mouvement qui lui est propre. Et pourtant, les œuvres se rassemblent dans un tout harmonieux et abouti, à l’image d’un orchestre.

Cette fontaine exprime deux talents : les arts de Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely. Les deux artistes, couple mythique, mêle leur art dès les années 1960. Ils comptent tous deux des admirateurs distincts mais bien plus encore d’adeptes communs, car c’est dans leurs divergences combinées que leur sensibilité artistique se transcende.

Niki de Saint-Phalle se caractérise par un art, tout en rondeurs, très coloré et souvent monumental dans ses dimensions. Jean Tinguely quant à lui se distingue par ses sculptures mécaniques métalliques dont il détourne le sens et l’usage. Il se passionne pour la récupération d’objets auxquels il offre une nouvelle existence de prestige.

De prime abord, il est difficile d’imaginer la force qui réside dans leur combinaison et pourtant, c’est bien dans la richesse de leurs œuvres communes que s’est forgée leur notoriété et leur légitimité artistique. Amateurs comme professionnels s’accordent littéralement sur la question !

La particularité de cette fontaine parisienne réside par ailleurs dans le fait qu’elle rend hommage à Igor Stravinsky. Ce pianiste russe connaît au 19ème siècle une carrière couronnée de succès et controverses comme musicien, compositeur et chef d’orchestre. Un personnage qui assume des avis tranchés et une recherche de mélange de genres et de nouveautés. Celui-là même qui prônait de composer avec tous ses sens. 

 

Ainsi, la fontaine qui lui rend hommage est-elle finalement, non pas l’imbrication de deux sensibilités artistiques, mais d’un bien plus grand nombre. 

Un tout dont un premier degré d’interprétation et de richesse s’impose en un regard, avant de laisser place à un second niveau d’enseignement. 

Un premier lien avec le management : 

     Il vous est peut-être difficile de prime abord d’établir un lien entre cette fontaine peu ordinaire et le domaine du management.

Voici donc le premier enseignement qu’elle nous livre : 

Les écrits relatifs au management tournent tous autour des mêmes concepts, de la même teneur professionnelle de rigueur. Mais la première erreur que pourrait commettre le manager serait de s’imposer un ton qui ne correspond ni à sa personnalité, ni à sa nature même. 

Si vous souhaitez véhiculer l’importance de votre rôle, sortez des sentiers battus pour choisir…la voie qui est la vôtre depuis toujours.

Osez les symboles qui vous ressemblent, qui laissent deviner une part de votre sensibilité humaine. Si l’on dit que nos collaborateurs éprouvent un besoin de reconnaissance, il leur est tout autant nécessaire de vous reconnaître. Donnez leur un repère en tant qu’individu, cela n’est pas incompatible avec l’exercice de votre autorité. Ce dernier devient tout simplement naturel. Et s’il impose un changement de culture peut-être brutal initialement, il vous apporte par la suite la sérénité de pouvoir vous exprimer tel que vous êtes, sans l’effort de vous parer d’une image qui ne vous correspond pas. Un masque finit toujours par tomber et les dommages provoqués sont longs à réparer. 

Je lis parfois dans certains articles qu’il vaut mieux que le manager travaille sur lui-même pour évoluer plutôt que de forcer ses collaborateurs à changer. Et je vais plus loin encore. Il est inutile, inefficace à court terme et dangereux de vouloir changer ses collaborateurs mais il est tout aussi vain, épuisant et risqué de vouloir se changer soi-même. Au contraire, agissez avec le plus naturellement possible. La méthode est gagnante-gagnante. 

 

Oui mais quid alors de la formation ? 

     Le management n’échappe pas à cette règle : la force ne réside pas dans l’outil lui-même mais dans l’intention de l’artisan, pour autant il ne construit rien à mains nues. Ne cherchez pas d’auteur, cette philosophie, je l’ai vue à l’oeuvre durant mon enfance lorsque les « anciens » n’avaient de cesse de rappeler que « c’est l’intention qui compte ». 

Je lis toujours avec une certaine réserve les articles vantant l’exemplarité du management militaire, y ayant fait mes propres armes en la matière. Je confirme évidemment la qualité de l’enseignement dispensé. Mais j’assure tout autant que nous n’en faisons pas tous le meilleur usage. La formation nous fournit des méthodes d’évaluation du personnel, d’organisation des activités, de programmations, bref, tous les rudiments techniques du métier.

Mais c’est bien dans l’expérience que nous mettons ces outils au service de la performance. Mais quelle performance ? Il existe, comme dans n’importe quel corps de métiers deux catégories de managers : 

  • ceux qui s’appuient sur leurs collaborateurs dans une optique collective et pérenne : ce qui contribue à l’instauration et l’entretien de l’esprit d’entreprise,
  • ceux qui forgent sur eux leur carrière. Ces derniers, souvent oubliés lorsque l’on analyse la perte de vitesse de l’esprit d’entreprise, en sont pourtant les principaux acteurs. Et ce, à deux titres : premièrement parce qu’ils ne peuvent cacher leurs ambitions et démotivent une équipe qui prend son mal en patience et deuxièmement parce qu’ils emportent avec eux les fruits des graines qu’ils ont semées. 

Pour être un manager efficace dans la durée, il faut de prime abord utiliser pertinemment et avec intégrité tous les moyens que nous avons à notre disposition, dont les moyens humains et ne pas réduire notre performance aux connaissances que nous avons acquises. Nous considérer d’abord comme « individus », c’est-à-dire sous le spectre de notre Humanité constitue le seul moyen de porter le même regard vers nos collaborateurs. Et la meilleure option pour stimuler leur implication. 

Assumer et affirmer ce que nous sommes n’est ni difficile ni risqué lorsque nos intentions sont louables et dans le réel intérêt collectif. 

Assumer et affirmer : comme l’ont fait deux artistes, liés par leur différence, un jour sur les pavés d’une grande place parisienne. 

Le management épuré de la vision négative de la différence : 

     Le deuxième enseignement auquel m’amène le choix de cette oeuvre réside dans la force même de la différence. 

La différence compte parmi toutes ces données d’entrées qui ne sont pas enfermées sous le seul prisme de la contrainte. Nous avons la possibilité de l’interpréter comme la valeur positive de la singularité. 

Compliqué ? Tout réside dans le cadre ! Les limites sont fixées par la notion de « réputation de l’entreprise ». Tant que vos collaborateurs respectent ce cadre, ils ne peuvent pas vous nuire. Alors, laissez leur un maximum d’espace d’expression à l’intérieur de ce cadre. 

En prenant cette voie, vous permettez à vos collaborateurs de gagner en confiance. Ils n’auront ainsi aucune hésitation à exprimer leur idée puisqu’ils ne craindront pas votre jugement. Ils vous allégeront ainsi d’une part de réflexion toute en apportant un œil neuf ou a minima une autre perspective, qui vous garantit de ne négliger aucun pan. Nul n’est omniscient. En revanche, la confrontation de leurs idées vous positionne dans votre réel rôle, celui de l’arbitrage qui vous garantit de prendre une décision plus inattaquable même que légitime, après avoir fait preuve de la plus grande écoute. 

La singularité de chaque individu fonde l’unicité de chaque point de vue et la différence incarne donc le cadre le plus propice au partage d’idées. Ne prêtez donc pas attention aux sceptiques qui confondent écoute et démagogie. Votre assise ne sera que plus solide dans le travail d’équipe. 

Les promeneurs des rues parisiennes ne sont sans doute pas tous sensibles à cette improbable combinaison de la fontaine Stravinsky. Ils sont pourtant chaque année plusieurs millions, poussés par la curiosité, à l’interpréter à leur manière et donc la parer de cette existence intemporelle. 

 

@Stéphanie Roux, rédactrice en chef du Maena Mag 

 

 

 

A propos de Isalys Roux 50 Articles
Après une première carrière consacrée au management au sein de l'armée de Terre, Isalys Roux s'oriente vers ses premières aspirations professionnelles : la rédaction et l'écriture. Ses thèmes de prédilection ? Société, management, parentalité, insolite, culture et littérature. Son credo ? Tout est digne d'intérêt dès lors qu'une question se pose.

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