lobby : côté obscur de la force !

lobby côté obscur de la force

La présentation historique du lobby par Stéphane Sellier (consultable en cliquant ici), nous rappelle que nous, peuple français, y sommes réfractaires dès l’origine.

Que cette défiance soit ou non justifiée, elle s’aggrave au fil du temps.  L’actualité récente fait d’ailleurs la part belle à l’influence des Lobbies sur les décisions politiques. Le dictionnaire Larousse nous dit que le mot Lobby est synonyme de « groupes de pression », et que ce sont des « Organes de défense d’intérêts ou de valeurs, qui essaient par différents moyens (campagnes, action directe, pressions etc.) d’influencer la décision politique dans un sens qui lui soit favorable. »

Lobby : une évolution législative récente.

 Un répertoire public, donc consultable par tous, appelé « nouveau répertoire des représentants d’intérêts », recense les Lobbies en activité en France. Il a été mis en place suite à la Loi Sapin II du 9 décembre 2016, dans un esprit d’aller vers plus de transparence. Pour pouvoir prendre contact avec des autorités publiques, tout représentant d’intérêts devra être inscrit sur le répertoire. Ce dernier est géré par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). 1610 Lobbies se sont inscrits au 18 juillet 2018. Selon l’HATVP, les secteurs dans lesquels les lobbies sont les plus représentés sont : l’environnement, l’économie, le travail, l’emploi et la solidarité, la fiscalité et les finances publiques, et enfin, la santé et la sécurité sociale. Les groupes de pressions prennent différentes formes : sociétés, organisations professionnelles, syndicats, Associations et ONG (Organisations Non Gouvernementales), cabinets de conseil, cabinets d’avocats…

Le lobby a définitivement mauvaise réputation.

 Quand on pense Lobby, on a généralement une image négative. Est-ce surprenant ? Difficile de faire autrement ! L’émission de France Inter « Secrets d’info », du 2 juillet 2018 (« Des lobbies dans l’ombre du pouvoir » -accessible en podcast : https://www.franceinter.fr/emissions/secrets-d-info/secrets-d-info-02-juin-2018) illustre l’intrication entre le monde politique et celui des lobbyistes, bien souvent pour le pire.

Un exemple récent (mis en lumière par l’émission précitée) qui a beaucoup fait parler en France, et qui a même fait s’insurger une partie de la majorité dans les rangs de l’Assemblée Nationale (ce qui est particulièrement rare depuis le début de mandat d’Emmanuel Macron) est le recul de l’inscription dans la loi, de l’interdiction du Glyphosate en France. Ce puissant pesticide, produit par la tristement célèbre firme Monsanto, et qui est considéré comme probablement cancérogène par l’Organisation Mondiale de la Santé, devait être par voie d’amendement interdit d’utilisation d’ici 2021. L’amendement a été rejeté. Ce retournement de situation a surpris et déçu la majorité des Français. La Députée socialiste Delphine BATHO (porteuse de l’amendement) l’explique comme la résultante de l’interception dudit amendement par le lobby de la chimie, qui aurait fait pression.

lobby une vision tranchée

Le rétropédalage du gouvernement sur le sujet, et la construction d’une communication fragile à posteriori pour justifier le rejet de cet amendement sont une illustration d’à quel point les Lobbies ont du poids là où ils ne devraient pas en avoir, c’est-à-dire dans les décisions politiques finales.

Quand le lobby pratique le mélange des genres.

Les liens entre les lobbyistes et le pouvoir prennent des formes multiples : propositions d’argumentaires à leurs contacts en interne, cadeaux, invitations à des événements prestigieux, propositions d’animations de colloques en tant que tête d’affiche, recrutements qui créent des ponts entre eux et les lieux de fabrication de la loi…. Difficile de dire où s’arrête l’influence des Lobbies sur les politiques, mais un foisonnement d’éléments laisse penser qu’elle est profonde. Par exemple comme lorsque des députés de bords différents déposent des amendements totalement identiques, à propos de l’épandage des pesticides. Tout cela laisse un arrière-goût bien amer.

Devant de tels constats, prouvés ou supposés pour certains, on peut se demander l’utilité de faire établir un répertoire des groupes d’intérêts actifs à l’heure actuelle en France. C’est probablement utile, mais ne se trompe-t-on pas de combat ? L’urgence n’est-elle pas ailleurs ? Entre les dérives mises en lumière, le poids de l’influence de certains Lobbies sur la détermination de lignes politiques majeures, et les informations « objectives » que les lobbies apportent aux parlementaires, le jeu en vaut-il la chandelle ? Les organes du pouvoir ne se trompe t ils pas à propos de la pertinence de leurs sources d’information ? La présence des Lobbies au plus près de la fabrique de la Loi est légale, mais est-elle morale ?

le lobby valeur morale

 

Le chant des sirènes.

Déterminer que les intérêts défendus par les lobbyistes sont bons ou mauvais dépendra du système de valeur de chacun. Il est néanmoins flagrant que leur omniprésence dans les cercles du pouvoir est, pour les parlementaires, une tentation constante de basculer du côté obscur. Que ce soit par intérêt personnel (par ce qu’ils ont à gagner personnellement à porter certaines idées), par manque de courage (on peut imaginer les méthodes d’intimidation de certains lobbies, ou encore la pression interne à l’intérieur d’un groupe parlementaire dont la majorité des membres à succombé au chant des sirènes lobbyistes) ou par praticité par exemple (le travail parlementaire est lourd et il est tentant de se faire prémâcher le travail par les lobbies).

le lobby vecteur d'argent

Bien souvent, le lobby défend une question d’argent…au service de l’argent.

Il est intéressant de se pencher sur les « causes » défendues par les Lobbies les plus puissants, c’est à dire ceux qui ont le plus de moyens de faire pencher la balance. Le moyen principal se confond bien souvent avec l’objectif sous-jacent : l’argent.

La puissance financière des grands groupes (comme par exemple dans l’agrochimie, l’industrie pharmaceutique…) leur permet de mettre le paquet en frais d’avocats, de communication, de représentation, en budget cadeau… Et leur influence sur le fonctionnement du système leur permet de « tenir » une partie non négligeable de la population dans des contingences financières. Contraintes quotidiennes qui les amènent à « supporter » les pratiques et produits des grands groupes, et donc à les perpétuer au dépend de la survie à moyen terme de l’espèce humaine (On peut se demander pour illustration, quels sont les moteurs qui amènent des agriculteurs à défendre le Glyphosate). La boucle est bouclée, pour le plus grand bonheur des gagnants de ce jeu de dupes. L’unité de mesure principale étant, encore et toujours, l’argent gagné.

Les moyens que les groupes d’intérêt allouent à leurs actions de lobbying sont généralement inversement proportionnel à leur prise en compte dans leur stratégie, à court et long terme, de l’écosystème et du vivant. Ils ont besoin d’investir, de payer, pour garder leur influence, car c’est comme si ce qu’ils proposent sur le marché (produits et/ou services), ne survivrait pas sans cela. Peut-être que sans ces actions de Lobbying le système aurait déjà évolué vers « autre chose » ?

lobby rentable

Lobby attention, danger !

Les lobbies agissent principalement de trois manières.

  • Tout d’abord en jouant sur le côté obscur de l’être humain, dans leur stratégie d’approche et de création de liens avec les politiques (ego, envie de pouvoir, d’argent…);
  • Également en déployant des moyens de marketing à grande échelle qui mettent dans la tête des gens des réflexes et éléments de langage, qui les dépossèdent de leur capacité de prendre du recul et de penser autrement;
  • Enfin, en faisant pression économiquement sur les individus utilisant leurs produits, qui ne peuvent sortir des systèmes dans lesquels ils se retrouvent coincés (donc asservis), qu’en prenant de gros risques personnels, pouvant les conduire à la faillite, voire même au suicide. Ces derniers se retrouvent parfois même à défendre la cause des lobbies par instinct de survie (l’exemple des agriculteurs défendant le glyphosate en est une illustration frappante).

lobby éthique

Lobby, complice du pouvoir en place.

 Sortir du modèle imposé par les lobbies les plus puissants impliquerait principalement deux choses :

Un accompagnement à grande échelle de la part des institutions publiques, qui affecteraient suffisamment d’argent public, et de moyens humains, pour accompagner les « prisonniers individuels » du système actuel à transitionner sans risquer d’y laisser jusqu’à leur chemise (voir leur vie), vers des modèles plus respectueux de l’écosystème au sens large;

Du courage politique de la part des représentants du peuple, pour privilégier l’intérêt collectif à long terme, et mettre de côté leurs peurs face aux pressions des Lobbies.

Les Lobbies ont le pouvoir que les représentants du peuple actuels (au sens large) veulent bien leur accorder. L’avenir de la planète et de l’humanité dépend en partie de cette place accordée aux groupes d’intérêts.

Une lueur d’espoir ?

 Tout cela laisse penser que les intérêts défendus par les Lobbies, et les moyens utilisés sont obligatoirement diaboliques. Difficile de penser autrement quand on suit les faits et gestes de l’industrie chimique, pharmaceutique, pétrolière, du tabac, de l’armement et j’en passe. Heureusement il reste une lueur d’espoir car, bien évidemment, il existe des lobbies qui se battent pour la défense des causes relatives à un mieux-être des conditions humaines et écologiques (Greenpeace par exemple). Hélas, quand on compte les points, on ne peut que déplorer le résultat. Le Dieu-argent reste en tête pour le moment.

lobby espoir

Le lobby :  une résultante logique d’un système capitaliste malade.

lobby intemporelle maladie

En définitive, tout cela n’est pas très étonnant. Les lobbies les plus puissants sont à l’image (en termes de valeurs et de méthodes) du système capitaliste dans lequel nous vivons, dont la liste des dérives devient sans fin. Dans une société dont le moteur principal est l’argent, les lobbies ont pour fonction de garder en vie un système, malade de ses excès. Système qui, en retour, fournit aux lobbies les moyens qu’il faut pour assurer leur propre survie. C’est le cercle vicieux.

On dit parfois qu’une société crée ses propres monstres, les grands lobbies, dans leur forme actuelle, en sont une illustration concrète.

Des doutes ? Et cette liste vous évoque-t-elle quelque chose ? 

lobby à la françaiselobby en France

 

©Flore Crépin, rédactrice rubrique « d’hier & d’actus »

A propos de Flore Crépin 6 Articles
Flore Crépin exerce les métiers de rédactrice Web sur les thématiques d'actualité sociétale et coach personnel. Deux métiers autour d'un fil conducteur : stimuler la prise de conscience pour susciter le mieux-être. Sa philosophie ? "Accompagner chacun de manière personnalisée (donc dans la forme que nous déterminons ensemble et qui semble correspondre à la personnalité) vers l'ouverture de sa conscience, pour y voir plus clair et avancer vers la vie qui lui ressemble."

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