Les « lobbies », leçon d’Histoire

lobbies

     Les 18ème et 19ème siècles voient naître et évoluer les groupes d’intérêt et de pression que l’on nomme « lobby ». Pourquoi ce terme de lobby ? Comment et où sont-il nés ? Pourquoi ne sont ils pas perçus de la même manière sur le globe? Quel sont les grands fait d’armes de ces groupes ? Autant de questions qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on devine leurs interventions derrière certaines grandes décisions. Allez, venez : entrons dans l’Histoire…

Faire « antichambre »

    Bien des maisons en possèdent un pour ne pas dire toutes. En effet, en anglais le mot « lobby » signifie « couloir » ou « vestibule ». A l’origine, cette appellation émane de la Chambre des Communes Britannique où il désigne en particulier les couloirs de cette institution. C’est le lieu où les groupes de pression pouvaient venir échanger avec les membres du Parlement.

En Amérique, pour la petite histoire : le Général Grant, lors de la guerre de Sécession, doit quitter la Maison Blanche après un incendie. Il établit alors ses quartiers dans un hôtel dont le rez de chaussée est littéralement envahi par les groupes d’intérêts. Aujourd’hui encore la Maison Blanche possède son lobby, son hall où se retrouvent ces groupes.

Pour les lobbies, tout commence…

     Au 18ème siècle. La jeune République Américaine promulgue le premier amendement à sa Constitution. Elle donne ainsi le droit aux citoyens de se rassembler et manifester leur point de vue au près des Dirigeants. Cela marque les prémices du lobbying.

En France, la situation est très différente. Les jeunes citoyens français subissent l’interdiction de se regrouper. Nous sommes encore dans la période de la révolution et le décret d’Allarde en1791 abolit les corporations. Il est renforcé, toujours en 1791 par la Loi Chapelier. Cette dernière interdit tout type d’association à vocation professionnelle. L’objectif est simple : supprimer une tradition de l’Ancien régime : ces groupement jouaient le rôle de corps intermédiaire auprès du pouvoir. Leur existence donnait au peuple l’impression de ne pouvoir agir sur rien, d’être condamné à subir simplement les décisions. Cela marque profondément l’opinion des Français sur les groupes d’intérêts. Ces dernier symbolisent pour le peuple :

  • d’une part l’Ancien Régime et la monarchie absolue dont il ne veulent plus ;

  • et d’autre part une forme de clandestinité puisque ces associations se réunissent en « antichambre ».

C’est de cette période que provient le sentiment de méfiance que les Français vouent instinctivement aux lobbies : un ressenti toujours d’actualité !

peur influence lobbies

1889 ! Il faut ainsi attendre plusieurs années après la loi sur la liberté d’expression et la troisième république pour que les mentalités commencent à évoluer. C’est à cette période que en France l’action en groupe de la sphère privée. Émergent ainsi les groupes d’intérêts qui sont très liés au monde économique.

L’affaire du canal de panama : le lobby devient métier !

    Cette révolution intervient dans les mentalités américaines. Ainsi, l’un des grands premier fait d’armes des lobbies intervient lorsque s’étudie la possibilité/nécessité de relier les océans Atlantique et Pacifique.

Nous sommes en 1902. Les discussions sur ce grand projet de construction opposent deux pays : le Panama et le Nicaragua.

Englué dans la tourmente pour cause de faillite et de scandale, le site de Panama devant accueillir ce projet ambitieux est en grande difficulté. Deux hommes développent alors une stratégie d’influence auprès du Président des États Unis et du Congrès dans le but de favoriser le projet Panama.

lobbies canal de panama

Ainsi, l’ingénieur Philippe Brunau-Varilla et l’avocat d’affaire William Nelson Cromwell font preuve d’une vaste imagination pour arriver à leurs fins. La méthode est pour le moins subtile. Et parmi les probables discussions intenses, je retiens personnellement un détail que je trouve très créatif. Vers le 16 juin 1902, les membres du Congrès reçoivent des enveloppes avec des timbres représentant l’activité volcanique du Nicaragua. Une façon, vous en conviendrez, très fine de faire passer le message sur les éventuels risques liés au projet Nicaragua. Quelques jours plus tard, le 19 juin, le vote donne cinq voix d’avance en faveur du Panama à l’issue du parcours juridique du projet. Le traité Hay Brunau-Varilla du 13 novembre 1903 conclue ainsi la vente des droits d’exploitation et de construction aux USA. Ce grand canal sera bel est bien creusé au Panama.

Évidemment, les lobbies disposent d’une large palette de méthodes.

Dans l’héxagone, un lobby suggère des numéros pour développer le marché de l’automobile

     Côté Français, la première grande action liée au lobbying porte sur la numérotation des routes.

D’un côté : une entreprise de fabrication de pneumatiques renommée et éditrice d’un guide très populaire souhaite voir le marché de l’automobile se développer. Logique : si le marché de l’automobile se développe, les ventes de pneumatique également.

Face à elle : les ponts et chaussées qui régissent le réseau routier Français.

M. Michelin veut établir une cartographie claire pour les automobilistes afin de faciliter leurs déplacements. Mais l’argument n’intéresse guère l’administration des ponts et chaussées. L’entreprise Michelin se lance alors dans la bataille et met en place une pétition. Ainsi, avec le soutien d’une partie de la population, ils parviennent à influencer la décision finale. En 1913 les routes sont numérotées.

lobbies en France

L’action implique le peuple, ce qui amorce un léger changement d’attitude vis à vis du lobbying en France.

Au final quid des lobbies ? 

La manière dont les « lobbies » se sont mis en place dans les différents états du globe a défini la façon dont les citoyens de chaque pays les perçoivent. En tout état de cause, l’attirance ou la méfiance inspirées à leur émergence à marqué nos esprits durablement.

©Stéphane Sellier, rédacteur passionné d’Histoire

A propos de Stéphane Sellier 4 Articles
Stéphane Sellier dispose de plusieurs cordes à son arc. Artiste spécialisé dans le dessin, il est également passionné d’Histoire et apprécie notamment d’écrire sur les destinées «à part» des hommes et femmes moins connus qui ont pourtant fait notre Histoire eux aussi. Sa rubrique historique, un contenu original sur nos réseaux sociaux, est unanimement saluée par nos lecteurs, sans doute, parce qu’à travers son écriture, Stéphane communique sa curiosité. Il réveille aussi des leçons dont la société a besoin actuellement. Sa conviction ? Oui, une part de l’Histoire se répète à cause d’un paradoxe : l’être humain est constant dans son instabilité et ne retient toujours qu’une partie plus ou moins grande de la leçon. Ses écrits dépassent ainsi le cadre descriptif pour nous livrer de profonds enseignements.

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