Le duché de Souabe

Le duché de Souabe

     Bonjour chers lecteurs et lectrices, il y a quelques semaines, nous étions partie à la découverte d’un château inachevé dans l’Aisne.

Aujourd’hui nous changeons de cap. Nous prenons la direction de l’Est pour partir à la découverte d’un ancien Duché. Nous allons faire un bond de 1103 ans pour revenir au point de départ de ce grand duché, qui est à cheval sur l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et la France et qui nous a légué un patrimoine formidable.

La naissance du duché de Souabe.

     Nous sommes aux alentours de l’an 915, une petite centaine d’années après le règne de l’empereur Charlemagne.  L’empire qu’il avait bâti est complètement disloqué, après la réforme des comtés en Francie orientale.  La naissance du duché de Souabe se fait dans une période de troubles : l’Alémanie est gouvernée par deux comtes que Conrad I fait exécuter en 917.

Couronnement du roi Conrad I

Cette même année, l’Alsace est rattachée à la Souabe et cette union donne naissance au très puissant duché de Souabe qui comptera dans ses rangs plusieurs Empereurs du Saint Empire Romain Germanique. Dès lors, le duché de Souabe s’étend du massif des Vosges jusqu’au Lech et du plateau franconien de Bavière jusqu’à la ville de Chiavenna en Italie. Le duché de Souabe compte probablement deux capitales au cours de son histoire, mais de nombreuses incertitudes persistent. La première capitale est Zurich et ce, jusqu’au environ de 1096 où elle est remplacée par Ulm.

Dès sa naissance, ce duché se caractérise par son mystère et la preuve que même sur la poussière, un empire peut se forger. 

Une succession de Maisons

     Entre 909 et 1012, le duché de Souabe connaît une succession de Maisons à sa tête. Pendant près d’un siècle le pouvoir change de famille régulièrement. De 1012 à 1038, la situation connait une stabilité. Dans cette courte période,  la famille Babenberg conserve la gestion du duché.

En 1038, après le décès de Hermann IV dernier duc de Souabe de la Maison Babenberg, le duché connaît une nouvelle période d’alternance, les Maisons se succèdent à sa tête. De Henri I de Souabe Roi de Germanie (en 1039) à Rodolphe de Rheinfelden (jusqu’en 1079) et l’ère de la Maison Hohenstaufen.

Cette alternance procure au duché cette âme particulière, un mélange de styles et d’influences, qui en fonde la richesse culturelle et humaine

La Maison Hohenstaufen

     L’histoire commune de la Maison Hohenstaufen et du duché de Souabe commence en 1079 lorsque l’Empereur salique Henri IV octroie le titre de Duc de Souabe à Frédéric I de Hohenstaufen. Il lui accorde également la main de sa fille Agnès. Ainsi commence le long « règne » des Hohenstaufen sur le duché de Souabe. Pendant près de 200 ans, la maison Hohenstaufen, modèle le paysage du duché et nous laisse en héritage un patrimoine exceptionnel.

« Frédéric » : le prénom emblématique de la Maison Hohenstaufen.

La raison de cette omniprésence tient dans le fait que le prénom Frédéric est donné à chaque fils aîné de la Maison.  Sept hommes portent ainsi à la fois ce prénom et le titre de duc de Souabe.

Qui dit longévité d’une Maison dit « destinée hors normes ». 

Outre le titre de duc de Souabe, les Hohenstaufen portent d’autres titres et pas des moins prestigieux.

Prenons par exemple Frédéric III de Souabe dit Frédéric Barberousse.

portrait de Frédéric sur un vitrail de la cathédrale de Strasbourg

Il est non seulement Duc de Souabe mais également duc D’Alsace, comte palatin de Bourgogne, Roi des Romain, Roi d’Italie, Empereur du Saint Empire Romain Germanique.

Oui, c’est incontestable, cet homme cumule des mandats ! Situation que vivent plusieurs membres de la Maison Hohenstaufen. Cette pratique est monnaie courante dans cette période de l’Histoire. A tel point qu’elle ne fait l’objet d’aucune critique.

Frédéric Barberousse est probablement le plus emblématique des ducs de Souabe.  Il trouve la mort lors de la troisième croisade à laquelle il participe au côtés de Richard Coeur de Lion et de Philippe Auguste. La Maison Hohenstaufen porte au sommet le duché de Souabe et donne 12 ducs à celui-ci. Mais cette famille prestigieuse scelle aussi la fin de ce duché. Ce triste « rôle » est tenu par Conrad de Hohenstaufen, Duc de Souabe, Roi de Jérusalem, Roi de Sicile et Roi de Germanie, et dernier représentant de la dynastie Hohenstaufen.

Konrad de Hohenstaufen

Ce jeune homme de 16 ans, connaît un destin des plus brefs et tragiques. Conrad ou Conradin est appelé en soutien par les barons Sicilien et Napolitain afin de monter une expédition contre un adversaire de taille et de renommée tout aussi grande. Le jeune homme affronte ainsi Charles d’Anjou, Comte d’Anjou et du Maine ainsi que comte de Provence et sacré Roi de Naples et de Sicile par le Pape Clément V,  et frère du Roi de France Louis IX. Conrad qui est également considéré comme Roi de Sicile fait route avec son armée, avec la fougue mais l’inexpérience de sa jeunesse. Les deux armées se retrouvent face à face près de l’Aquila dans la plaine de Tagliacozzo le 23 août 1268. Une rude bataille est menée par les armées qui s’opposent. Mais malgré l’engagement de Conrad,  l’armée de Charles d’Anjou prend l’avantage et contraint son adversaire à fuir.

Rejoignant les côtes romaines, Conrad pense pouvoir embarquer incognito sur un navire. Mais il est reconnu fait prisonnier et ramené à Naples pour être livré à Charles d’Anjou. Ce dernier fait voter la condamnation à mort de Conrad. Le jeune prince de 16 ans est décapité sur la piazza del mercato. La mort du jeune prince et duc de Souabe marque la dislocation du duché. Il se désintègre alors en plusieurs comtés, villes et abbayes libres qui existent jusque 1803.

La mort du jeune prince marque également les esprits pour longtemps et fait germer la graine de la rancœur.

Que nous reste-t-il du duché de souabe ?

     Il est très difficile d’être exhaustif sur le patrimoine que nous a légué le duché de Souabe, aussi je vous prie de ne point m’en vouloir si j’oublie de parler d’un lieu. Comme vous avez pu le lire précédemment dans l’article ou voir sur une carte, le duché de Souabe s’étend sur plusieurs pays actuels : l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et la France.

Le premier lieu est le château des Hohenstaufen édifié par Frédéric I, dont il ne reste aujourd’hui que les ruines et une stèle commémorative sur laquelle on retrouve le blason de la Maison Hohenstaufen. Il se trouve dans l’actuel ville Allemande de Göppingen au sommet d’une butte conique (stauf).

En Alsace,  trois lieux qui ressortent :

  • tout d’abord la ville de Sélestat dont le blason actuel (d’argent au lion couronné de gueules) est un rappel des armoiries des ducs de Souabe et de la maison Hohenstaufen. Le duché de Souabe à laissé en cette ville le prieuré Sainte Fois, Frédéric II de Hohenstaufen duc de Souabe et Empereur avait fait de Selestat une ville libre d’Empire.
  • le deuxième lieu est la commune d’Haguenau, ville dans laquelle Fédéric II de Hohenstaufen dit « le borgne » fait construire un château sur l’Ile de la Moder. La ville tient une place particulière dans le coeur des ducs de Souabe de la Maison Hohenstaufen. Elle est également ville d’Empire à cette époque et les membre de la dynastie Hohenstaufen aiment y résider. C’est également d’Haguenau que Frédéric Barberousse part pour la troisième croisade. D’ailleurs, à l’issue de celle-ci le Roi Richard Coeur de Lion y est jugé pour avoir abandonné cette vaste campagne.
  • le dernier lieu emblématique du duché de Souabe est le fabuleux château du Haut Koenigsbourg dont la construction débute sous le règne de Frédéric II le borgne. Il souhaite construire une ligne de défense afin de renforcer le pouvoir des Hohenstaufen en Alsace et y fait construire bon nombre de châteaux. Il y a dans la construction de ce haut lieu alsacien un fait qui sort de l’ordinaire :  il aurait été édifié en toute illégalité sur les terres des moines de l’abbaye de Lièpvre.

     Ainsi s’achève notre voyage historique sur les terres du duché de Souabe. Je vous remercie d’avoir lu mon article et en cette période estivale, si vous passez par l’Alsace, ne manquez pas de partir à la découverte de ce magnifique patrimoine. Pour ma part, je vous donne rendez-vous bientôt pour une nouvelle escapade en Alsace à la découverte de la « Décapole ».

Je vous souhaite une bonne semaine.

®Stéphane Séllier, rédacteur historien du Maena Mag

A propos de Stéphane Sellier 4 Articles
Stéphane Sellier dispose de plusieurs cordes à son arc. Artiste spécialisé dans le dessin, il est également passionné d’Histoire et apprécie notamment d’écrire sur les destinées «à part» des hommes et femmes moins connus qui ont pourtant fait notre Histoire eux aussi. Sa rubrique historique, un contenu original sur nos réseaux sociaux, est unanimement saluée par nos lecteurs, sans doute, parce qu’à travers son écriture, Stéphane communique sa curiosité. Il réveille aussi des leçons dont la société a besoin actuellement. Sa conviction ? Oui, une part de l’Histoire se répète à cause d’un paradoxe : l’être humain est constant dans son instabilité et ne retient toujours qu’une partie plus ou moins grande de la leçon. Ses écrits dépassent ainsi le cadre descriptif pour nous livrer de profonds enseignements.

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